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La petite et la grande vénerie :

A l’heure où, grâce à ce qu’il est convenu d’appeler la bonne gestion cynégétique, les populations de grand gibier ont partout explosé, entraînant une augmentation difficilement supportable des dégâts et des coûts de location des chasses. A l’heure où sur certains territoires, après plusieurs années de privations, on tire sept sangliers et même davantage en seulement une heure, les veneurs mettent leur honneur à chasser un seul sanglier pendant sept heures.

Quand presque tous les efforts des chasseurs ont pour objet de tenter d’enrayer la raréfaction du petit gibier sédentaire pour retrouver les tableaux d’antan, les veneurs courent parfois pendant plusieurs dizaines de kilomètres pour prendre un lièvre. Tableau, trophée et viande n’ont pas d’intérêt pour eux. Seule compte la manière, seuls comptent les chiens. Leur exemple est à méditer par tous les chasseurs à tir. Pour réaliser de belles chasses, il n’est nul besoin de faire un gros tableau. Une seule pièce, mais âprement gagnée, après un travail superbe du ou des chiens, vaut cent fois mieux qu’un tableau impressionnant obtenu sans difficulté.

Alors, anachroniques, les veneurs avec leurs tenues à parement, leurs trompes et leurs codes hérités des siècles passés ? On peut en douter, à voir le nombre toujours croissant de suiveurs de toutes conditions qui assistent aux chasses. Et s’ils semblent anachroniques, c’est peut-être bien parce qu’ils sont tout simplement en avance sur leur temps.

LA GRANDE VENERIE

La vénerie du cerf :

C’est la plus prestigieuse, sans être la plus difficile. On ne chasse que les mâles, les biches n’étant pas chassées en France, pour une raison d’éthique et peut-être pour éviter les débordements de sensiblerie que pourrait provoquer l’image de la biche aux abois.

Avant la chasse : Tôt le matin, des valets de pied, souvent aidés de limiers, partent rembucher les animaux. Ils regardent, écoutent, hument l’air aussi parfois, tentant de comprendre ce qu’on fait les bêtes durant la nuit et où elles se sont remisées. Cette application et ce calme contrastent singulièrement avec le spectacle sonore et haut en couleur qui débutera dans une heure ou deux ? C’est pourtant de la qualité du rembuché que dépend en grande partie la réussite de la journée.

Quand, après avoir écouté les rapports de ceux qui ont fait le pied, le maître d’équipage décide du lieu d’attaque, il peut mettre tous les chiens pour chasser de « meute à mort » ; pourtant, si la situation ne lui semble pas claire, s’il n’est pas sûr que l’animal soit resté là ou bien encore s’il craint qu’il y en ait plusieurs, il peut choisir de ne mettre à la brisée que quelques bons rapprocheurs. Le reste de la meute ne sera découplé que lorsque les chiens auront réussi à isoler un animal et qu’ils commenceront à chasser.

La poursuite du cerf : Les chiens poursuivent en criant le cerf qui s’enfuit. Les membres de l’équipage, qu’on appelle les « boutons » tentent d’apercevoir l’animal, sonnant différentes fanfares de circonstance pour informer les autres du déroulement de la chasse ; ils évitent autant que possible de perdre la chasse, ce qui arrive à ceux qui s’attardent trop et n’ont plus le vent.

Le cerf se rend rapidement compte que la fuite n’est pas suffisante pour se défaire de ses poursuivants et il use de son avance pour tenter de les mettre en défaut.  Il peut revenir sur ses pas pour doubler sa voie : c’est un hourvari. Il peut aussi tenter de s’enharder, c’est-à-dire venir se mettre au milieu de la harde de biches et de jeunes cerfs, puis les bousculer pour qu’ils sautent au nez des chiens. Très souvent il se harde avec un cerf identique (un daguet avec un daguet, un huit cors avec un huit cors…). Le risque existe alors que les chiens fassent un change et poursuivent l’autre cerf, tandis que le premier reste tapi dans le sous-bois ou en profite pour forlonger.

Le forlongé n’est pas à proprement parler une ruse. Le cerf a pris beaucoup d’avance et devient très difficile à suivre pour les chiens. Le bat-l’eau est sans doute ce qui lui réussit le mieux : l’animal entre dans un étang ou une rivière, s’y cache où s’y laisse dériver et remonte plus loin.

L’hallali : Quand, sur ses fins, le cerf ne veut plus courir, il s’arrête et fait face aux chiens. Il est hallali ; on parle d’hallali debout quand il ne se déplace plus et tente seulement de repousser les chiens avec ses bois et ses pattes, et d’hallali courant quand il trotte encore un peu.

Le piqueux, ou le maître d’équipage, intervient alors pour le servir à la dague, à la lance ou à la carabine. Cet exercice n’est pas sans risque car le cerf, même hallali, dispose encore suffisamment de ressources pour blesser grièvement le piqueux qui s’approche. Quand le cerf a été tiré, on sonne l’hallali par terre.

La curée: Les honneurs sont sonnés après la curée, rappelant ainsi qu’ôter la vie d’un animal ne peut être un geste banal. Le maître d’équipage offre le pied droit du cerf à une personne de marque qui a suivi la chasse. On pratique presque partout désormais la curée chaude effectuée sur le lieu même de la prise.

Lors de la curée, on sonne les fanfares de circonstances (le lancé, la vue, le débuché…), la fanfare de l’équipage, les fanfares de la région, puis l’adieu des maîtres et des piqueux, pour conclure par le bonsoir.

La vénerie du chevreuil :

La chasse en courre du chevreuil ne nécessite pas de rechercher préalablement les animaux. On attaque à la billebaude et l’on chasse indifféremment les brocards et les chevrettes. Le chevreuil est difficile à prendre car il excelle à emmêler ses voies, à inventer les ruses les plus subtiles et à utiliser toutes les ressources du territoire : terrains rocailleux, cours d’eau…De plus, au fur et à mesure qu’il se fatigue, sa voie devient de plus en plus faible ; à la fin de la chasse, quand il s’est tapi au sol, les chiens passent à côté de lui sans le sentir. Mais s’il bondit, il est très rapidement « coiffé » par les chiens.

Bien qu’avant la chasse on fasse les pieds, il n’est pas toujours facile de rembucher les animaux avec précision, et les rapprochés, souvent superbes, peuvent durer plusieurs kilomètres.
Dès que l’animal est lancé, la difficulté tient essentiellement à la vitesse et à l’endurance du sanglier car sa voie est droite et il ne connait guère de ruses, si ce n’est de tenter le change en bousculant une compagnie pour la pousser à se lever devant les chiens.

La chasse peut durer plusieurs heures, mais avec des animaux jamais dérangés et abondamment agrainés, elle peut se terminer très rapidement, parfois en moins d’une heure. Cela arrive aussi quand le sanglier débuche et qu’il traverse un guéret dans lequel il s’enfonce et court péniblement.

Sur ses fins et même bien avant, au cours de la chasse, le sanglier peut s’arrêter et se mettre au ferme. Il faut alors intervenir rapidement pour éviter qu’il ne blesse les chiens, s’approcher pour rompre le ferme ou servir l’animal avec une dague. Les chiens étant tout proches, il est très rare d’avoir une possibilité d’utiliser une carabine.

La vénerie du sanglier :

Les équipages chassant le sanglier sont appelés « vautraits » en souvenir des vautres, ces grands chiens que les Gaulois utilisaient pour la chasse. Là aussi, on chasse indifféremment les mâles et les femelles.

LA PETITE VENERIE

Elle concerne le renard, le lièvre et accessoirement le lapin, puisque, pour cette dernière espèce, les chiens prennent lorsqu’ils sont nombreux et que le lapin, tournant dans les ronciers, finit par rencontrer la gueule de l’un d’entre eux. C’est une chasse sans fusil, une très belle chasse, dont la difficulté vient de ce que les animaux se terrent très rapidement. On a donc intérêt à boucher les terriers avant la chasse.

Le courre du renard :

Il était très prisé en Angleterre, où il était prétexte à de grands parcours à cheval, avant qu’une loi totalement démagogique ne l’interdise ; bien que rare en France, il se développe cependant depuis quelques années. La voie du renard est assez difficile à chasser car elle est très fugace. L’animal, contrairement à sa réputation, n’est pas particulièrement rusé. Il se contente de fuir en empruntant ces circuits habituels, sans doubler sa voie et sans finesses particulières. La véritable difficulté vient en fait de ce qu’il se terre facilement ; il faut alors le faire sortir de son terrier avec un fox ou un teckel pour continuer à le chasser à courre.

Le courre du renard a cependant le grand mérite d’en faire un gibier à part entière, un gibier offrant de belles chasses et non un « nuisible » qu’il faut détruire.

Le courre du lièvre :

La chasse à courre du lièvre est, sans contexte, la plus difficile qui soit, et par conséquent la plus passionnante. Nombre d’équipages ne prennent en effet que deux ou trois lièvres par an, et cela malgré plusieurs dizaines de sorties.

Le plus souvent, le lièvre est levé par les chiens et les « suiveurs » qui marchent en ligne. Dès qu’il bondit de son gîte, les chiens prennent la voie et crient à pleine gorge. La chasse se déroule généralement dans la plaine et le bocage, avec tout ce que cela suppose de clôtures, de barrières et d’obstacles divers ; les veneurs, souvent à pied, doivent faire preuve d’une condition physique certaine, pour ne pas se laisser distancer.

Le lièvre chassé semble avoir tous les talents. Il est rapide et assez résistant, mais surtout n’a pas son pareil pour mettre les chiens en défaut. Il peut doubler sa voie et même davantage, jusqu’à dessiner un écheveau inextricable où les meilleurs chiens vont se perdre. Il emprunte régulièrement les routes et rares sont les chiens capables de percevoir son odeur sur le gravier et le bitume. Il passe parmi les bovins, qui ne manqueront pas de venir perturber les chiens lorsqu’ils voudront passer à leur tour. On n’en finirait pas de relater des anecdotes plus surprenantes les unes que les autres : celle du lièvre sautant pour s’y cacher dans une barque à l’attache sur une rivière, celle de tel autre se réfugiant dans une étable sous une mangeoire à bestiaux ou montant dans une souche…Certains lièvres, se sentant pris, n’hésitent pas à se réfugier dans un terrier ou une canalisation.

Contrairement à d’autres espèces, le lièvre ne semble pas rechercher le change, mais son passage et celui des chiens font souvent partir d’autres lièvres qui étaient gîtés, et le change est donc relativement fréquent. En outre, sa voie s’estompe avec sa fatigue et, en fin de chasse, on ne compte plus les lièvres tapis et immobiles, laissant passer et quêter les chiens à quelques dizaines de centimètres seulement sans se faire découvrir, et ainsi sauvant leur vie.

Quand le lièvre est pris, il est fait une curée, comme pour les autres animaux de vénerie. Il est cependant prudent d’y ajouter un peu de pain pour que chaque chien puisse y goûter.

Chiens et chevaux de vénérie :

Quel que soit l’animal chassé, la vénerie est avant tout la passion des chiens ; ils ne peuvent que susciter l’admiration avec la finesse de leur nez et leur intelligence à la chasse.

Une meute doit être homogène, pour la beauté de l’ensemble, mais aussi pour que les chiens soient de même pied, de façon à chasser à la même vitesse pour rester bien groupés. Cela ne signifie pas qu’ils doivent être identiques. Bien au contraire, la qualité d’une meute vient de ce que les chiens soit différents et complémentaires.

Certains démêlent les doubles alors que d’autres n’y comprennent rien. D’aucuns sont d’une rare perspicacité  dans le change et savent ne pas se laisser perturber par l’animal qui saute devant eux. Il existe également des « chiens de route », qui ne se distinguent pas quand les conditions sont classiques mais qui donnent toute leur mesure sur les pierres sèches et le bitume, alors que les autres ne sentent rien. Le rôle du veneur est de « laisser faire » ses chiens et n’intervenir qu’en dernier recourt. En étant dérangés à tout moment, ils commettent beaucoup plus d’erreurs que les chiens qu’on laisse se débrouiller seuls. Il convient aussi d’être très circonspect quant aux indications que donnent les suiveurs ; en cas de doute, il faut privilégier le choix des chiens.

Toutefois, le veneur joue un rôle d’arbitre, en arrêtant les chiens qui partent sur un change ou un contre, en faisant taire les bavards et les menteurs pour laisser travailler ceux qui sauront mieux relever le défaut, puis en sachant rallier l’ensemble de la meute. Cela suppose de connaître parfaitement les qualités de chaque chien et d’être là à chaque fois que cela s’avère nécessaire, or, il n’est pas toujours facile de suivre la chasse sans jamais se laisser distancer.

On ne saurait enfin évoquer la vénerie sans rendre hommage aux chevaux, dont la sélection est rigoureuse. Ils doivent être particulièrement robustes et endurants, car il leur est beaucoup demandé.